vendredi 30 juillet 2010 - n°840

Transports : L’avenir, c’est la voile

La société Avel-Vor Technologie teste sur son bateau-laboratoire un système de voiles automatisées qui pourrait équiper deux chalutiers dès 2008. © Avel-Vor Technologie
Dans un contexte de hausse du coût des carburants et de lutte accrue contre la pollution, l’idée de réintroduire la voile dans la marine marchande a le vent en poupe. En Bretagne, le projet « Grand Largue », labellisé par le pôle Mer Bretagne, vise ainsi à mettre au point un système de propulsion hybride associant moteur et voiles automatisées. En permettant de réduire de 20 à 40 % la consommation de gazole des entreprises de pêches, il pourrait contribuer à remettre à flot un secteur d’activité sinistré.
Et si l’avenir des transports, c’était la marine à voile ? Dans un contexte où la pollution croissante du trafic routier et la hausse continuelle du prix des carburants suscitent les pires craintes économiques et écologiques, les projets se multiplient en effet pour remettre au goût du jour ce mode de transport ancestral, à la fois propre et économique.
Tandis que les Allemands de SkySails expérimentent la traction de cargos par des cerfs-volants géants, et que la Compagnie de Transport Maritime à la Voile (CTMV) s’apprête à acheminer entre Bordeaux et Dublin des bouteilles estampillées « vin transporté par bateaux à voile », une entreprise bretonne s’efforce pour sa part de faire refleurir les voiles sur les navires de pêche.
Labellisé par le pôle de compétitivité « Mer Bretagne », le projet « Grand Largue », porté par la société de Quimperlé (29) Avel-Vor Technologie, consiste en effet à développer un système de propulsion mixte voile-moteur pour les chalutiers et les navires de petit cabotage.

Le système sera prêt en 2008

Un système mixte, car « on ne veut pas restaurer la marine à voile. Les marins ont perdu cette culture, ils ont trop de travail en mer pour s’occuper de la manœuvre, et de plus, une navigation 100 % à la voile entraînerait un important surcoût pour les pêcheurs, puisqu’elle impliquerait un équipage plus nombreux et des temps de traversée plus longs », justifie Pierre-Yves Glorennec, gérant d’Avel-Vor Technologie, et ancien professeur en intelligence artificielle à l’INSA de Rennes. Avec le concours de ce centre de recherche, de l’Institut Maritime de Prévention de Lorient et de plusieurs PME de la région, Avel-Vor Technologie travaille donc sur son chalutier laboratoire à la mise au point d’un système de voiles « entièrement automatisé, peu coûteux, simple d’usage, qui pourrait ensuite équiper n’importe quel chalutier. Lorsque les tests auront été validés, le système sera confronté aux conditions réelles sur deux navires opérationnels, probablement à partir du printemps 2008. »

Des logiciels de routage pour faire des économies d’énergie

Outre la mise au point d’un gréement automatisé, le projet « Grand Largue » vise à développer des logiciels qui permettront aux pêcheurs de calculer l’itinéraire le plus économique, afin d’optimiser l’alternance entre propulsion motorisée et recours à la voile. « L’objectif de ce projet, outre de réduire la pollution des chalutiers, c’est de permettre à une activité en pleine crise de faire d’importantes économies de carburant : le gazole représente un tiers du chiffre d’affaires des entreprises de pêche.  »
Grâce à ce système, la consommation de carburant devrait diminuer d’au moins 20 %.
« Sur le plus long terme, on peut même faire beaucoup mieux en incitant les marins à modifier leur comportement. Aujourd’hui, une fois la pêche terminée, ils ont souvent le réflexe de rentrer au port en mettant les gaz à fond, quitte à rester ensuite bloqué dans l’attente de l’ouverture des écluses. S’ils s’habituent à utiliser les logiciels de routage optimal, ils pourront économiser jusqu’à 40 % d’énergie. »


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